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WW1 in Alsace - Linge Battle - 63rd Anti Aircraft Regiment - 96th poste semi-fixed

History of The 63rd Anti Aircraft regiment





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HISTORIQUE
du
63e RÉGIMENT D'ARTILLERIE D.C.A.

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La D.C.A.

Les unités d'artillerie de défense contre aéronefs ont surgi au cours de la lutte, rendues nécessaires par le grand développement que prit l'aviation dans la bataille. Leur rôle fut d'attaquer l'avion ennemi dans toutes ses missions. Aux abords immédiats des lignes, d'interdire l'accès de nos secteurs aux avions de reconnaissance et surtout de gêner les observateurs dans leur mission de repérage ou de réglage. Dans nos arrières-lignes et à l'intérieur, de protéger les points sensibles visés par les escadrilles ennemies au cours de leurs raids de bombardement : gares, dépôts de munitions, magasins d'approvisionnements, canton- nements, états-majors et aussi les populations des villes et villages qui, bien que sans importance stratégique, furent soumis à tant de cruelles attaques.
Ce rôle, d'une importance tactique de plus en plus grande, avec la menace croissante de l'aviation, et d'un caractère profondément humain, était bien peu facile à remplir. Comment interdire l'accès de l'espace immense, le jour et la nuit, à l'avion si rapide, si petit et si hardi ? Ce n'était guère possible. Mais on chercha du moins à lui rendre difficile l'accomplissement de sa mission et on fut amené à échelonner des pièces tout le long de la ligne de feu et à en accumuler une densité plus grande dans les secteurs à grande activité et à l'arrière, autour des points sensibles. Pour cela, on créa de petites unités d'une pièce au début, puis de deux pièces : ce furent les postes demi-fixes qui devinrent les sec- tions à effectif de vingt à trente hommes, un adjudant ou un officier.

Les sections combattaient dans des groupes ou groupements, mais elles ne s'y trouvaient rattachées que d'une façon provisoire en nombre du reste variable et chacune d'elles restant susceptible d'être déplacée indépendamment. des autres. De sorte que l'unité tactique fut la section et que chaque section, durant la campagne, suivit une trajectoire per- sonnelle. Beaucoup de liens étroits cependant réunissaient ces sections.
Les effectifs des unités anti-aériennes, surtout après 1916, année de Verdun, furent recrutés parmi les inaptes à l'infanterie, à la cavalerie et à l'artillerie. Ainsi, cadres et hommes de troupe, presque tous changés d'arme pour blessures, sont dans des conditions physiques qui les rapprochent déjà les uns des autres.
Puis tous ont fait un stage au Centre d'Arnouville, ce foyer de la D. C. A., où les sections sont constituées et mises en route pour le front. Et là, au contact du lieutenant-colonel Pagezy et de ses colla- borateurs, en même temps que leur instruction, ils ont acquis l'esprit particulier de leur arme nouvelle. C'est là qu'ils font connaissance avec leur nouveau matériel, sans cesse perfectionné.
Enfin, au front, pendant les labeurs et parfois les déceptions d'une lutte spéciale, au milieu de la masse des autres combattants qui englobent les sections, la physionomie de l'arme se précise. C'est en effet dans le succès, les fatigues et les dangers que l'esprit de corps s'accuse.
Les succès furent rares d'abord, tant le tir contre avions est chose délicate. Puis la nécessité d'exécuter des manœuvres de force et des travaux très durs avec un personnel diminué physiquement fut une source de dures épreuves aggravées par l'insuffisance de moyens des petites unités.
De grandes difficultés d'ordre technique et d'ordre matériel atten- daient donc au front nos unités et les dangers devaient parfois rappeler singulièrement à leurs combattants le temps où ils étaient fantassins ou artilleurs. Ainsi de profondes affinités dues à la communauté d'origine et de formation, à la similitude des épreuves et à l'identité de la mission ont créé, puis développé un très vif esprit de corps entre nos sections. Et, prenant part d'une façon continue à la grande bataille que fut cette
 
guerre, elles apparaissent, entraînées dans un même vaste mouvement, comme les éléments d'une même grande unité tactique qui est notre 63e Régiment.
Il ne nous sera pas possible de suivre chacune de nos unités pendant toute sa carrière ; elles sont trop nombreuses. Nous n'avons pu que puiser dans les renseignements mis à notre disposition les faits saillants et les grouper de façon à donner une idée d'ensemble de la part glorieuse prise à la grande guerre par le 63e D. C. A.
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LES DÉBUTS
C'est en 1915 que les premières unités de D. C. A. font leur apparition. Jusque-là, des pièces détachées des batteries de campagne avaient eu, seules, la mission du tir contre avion. Ce n'était d'ailleurs qu'une mesure transitoire pour parer quelque peu à l'urgence du danger. Entre temps, on organise des cours de tir contre avion pour chefs de section d'artillerie de campagne et on crée bientôt des unités spéciali- sées dans ce rôle. La 124e est une des premières apparues.
Le 11 février 1915, le poste demi-fixe 124 s'installe dans la triste Woëvre, vers Mouilly ; formé par la 1ère section de la 3e batterie du 25e A. C, sous le commandement de l'adjudant Richard, ses débuts furent particulièrement heureux, puisque, le 20 avril, un « Aviatik » tombe en flammes, abattu par la section.
Fait d'armes qu'il faut signaler et dont l'importance est extrême. C'est en effet le temps des méthodes rudimentaires où l'on tire dans la D. C. A. avec des principes de l'artillerie de campagne à peine modifiés, sans instruments précis, sans altimètre. Pas de poste éloi- gné. Le coup occultant donnait toute satisfaction, alors que, vu par les camarades fantassins ou artilleurs suivant la direction, montrant l'écart dans toute sa grandeur, il produisait si piteux effet. Il y eut des rires dans les autres armes, et peut-être connurent-elles quelques moments de découragement, les premières unités de tir contre avion. Par bonheur quelques coups heureux vinrent prouver qu'avec de l'expérience, on pouvait arriver à des résultats intéressants.

Salut donc à la 124e et à l'adjudant Richard, pour l'avion abattu en avril 1915. D'ailleurs leurs tirs, qu'une persévérance remarquable rend assez gênants pour les observateurs allemands, leur attirent de dures représailles, et ce baptême de l'arme prouve que l'ennemi ne reste pas insensible à ses coups : le 4 avril, au cours d'un bombardement, le poste a 3 blessés, dont l'adjudant et le maître-pointeur.
Ce n'est qu'en juillet 1916 que la section pourra effectuer son premier tir avec la plate-forme de Puteaux. Perfectionnement remar- quable dans l'organisation du tir, prélude de beaucoup d'autres non moins heureux et aussi, détail qui a son importance, du fait de ce matériel spécial, l'unité acquiert une silhouette qui caractérise net- tement la nouvelle arme.
Dans la même région, sont constituées deux autres sections : la 52e, au 1er septembre, vers Anzville, et la 28e, au bois de la Voisogne, que les pluies transforment en marécage et où la situation des occupants est des plus pénibles.
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1916
Les véritables unités de D. C. A., organisées selon les méthodes élaborées au Centre d'Arnouville et dotées d'un matériel spécial de tir contre avion, sont créées en 1916.
La 140e (à l'origine poste demi-fixe) est constituée le 20 mai 1916 à Arnouville, au titre du 62e régiment d'artillerie. Le 21 mai, prise en consigne et vérification au fort d'Issy du matériel de la plate-forme et l'embarquement a lieu en gare de Clamart. Toujours impressionnant, un départ d'unité, mais de façon bien diverse. Malgré les efforts du com- mandement : décision, prise d'armes, ces départs n'ont jamais pu donner l'impression des embarquements d'unités d'infanterie ou d'artil- lerie. Pour ces dernières, le caractère de puissance domine tout autre. Mais pour ces embarquements d'une ou deux sections, la puissance ne peut pas être manifeste, l'effectif est trop restreint, le matériel peu important: trois wagons pour deux postes !
Pourtant, si ceux qui quittent ainsi Arnouville avec leur section sont
 
peu nombreux, leurs individualités vont se rapprocher, créant ainsi dans la section entière de puissants liens d'affection, agréable privilège des unités à faible effectif et source de dévouement inépuisable pour peu que le chef l'exploite.
Malheureusement, en campagne, les petites unités n'ont pas que des privilèges. Disposant de moyens trop faibles pour se suffire à elles-mêmes, elles auront à souffrir maintes fois au cours de changements brusques de position, malgré la camaraderie des unités plus grandes auxquelles on les rattache provisoirement pour la subsistance. La 140e l'éprouve bien vite à Fourmerie, où elle est réduite à emprunter quatre jours de vivres à une batterie d'artillerie. Le poste s'installe sur le monotone plateau de Santerre, aux ondulations lentes et faibles. Secteur calme, mais où la pluie désastreuse pour les terrassements devait donner beaucoup de mal pour la mise en batterie. Et la vie pesante d'inaction commence. Cette même vie que connut la 148e vers Sainte-Menehould, et tant d'autres sections.
Mais si durant cette année 1916 la vie de secteur fut parfaitement calme pour certaines unités, il n'en fut pas de même de toutes.
1916 ! L'année de Verdun, souvenir terrible et profond pour toute l'armée française. Les sections de D. C. A., y participèrent, rendant de signalés services, par leurs violents barrages contre avions et même par leurs tirs terrestres. Ainsi, la 121e, formée le 21 février 1916, prend position au bois Bourrus. Journellement prise à partie par des batteries de gros calibre, elle ne faillit point à sa mission. Le 12 mars, le lieutenant Bioche, commandant la section, est blessé à son poste, ainsi que le maréchal des logis Chenot et le maître-pointeur Allorge. Le 20, deux autres servants sont blessés. Le 3 avril, un obus de 210 à retard défonce l'abri du personnel et fait trois victimes.
La position devenant intenable, la section s'installe à la ferme de Choisel, où elle exécute sa mission toujours sans défaillance. Le 14 mai, trois citations individuelles viennent récompenser toute la section dans la personne de son chef, le lieutenant Bioche, et celles des canonniers Labiau et Pellerin.
En août 1916, la menace sur Verdun ayant disparu, la section est en-

voyée à un repos bien gagné, vers Bar-le-Duc. Dans cette position, elle exécute cependant de nombreux tirs de nuit pour la protection des hôpitaux et des cantonnements, de concert avec la 123e.
La 52e et la 59e, fixées pour toute la campagne au secteur de la Meuse, prennent part à la grande bataille de 1916 aux forts de Belrupt, d'Haudainville, au bois de la Madeleine et au bois Bouvront. La 48e, à Charny, de mars à mai 1916, puis à Osches, près de Souilly, abat un avion. Elle est citée à l'ordre de l'artillerie de l'armée.
La 51e, arrivée au début de l'attaque à la ferme Brigianne, puis à Noyers, au bois du Chapitre, restera trente mois dans la région, tirant jour et nuit, en des points toujours dangereux et d'aspect désolé. Tâche rude, obscure, ingrate.
Dans la grande bataille de la Somme, qui rétablit si brusquement la situation militaire en renversant les rôles, intervinrent encore nos sections. Cependant, la suprématie de nos avions de chasse allège considérablement leur tâche. Maintes fois des tirs sont interrompus par la soudaine apparition d'un « Nieuport » surgi de l'espace, attiré par les flocons de nos éclatements. Même, parfois, la collaboration se poursuit entre le chasseur et le canon - ces deux adversaires de l'avion boche - l'un si brillant auprès de la modestie de l'autre. Ainsi, le 23 septembre 1916, la 111e, exécutant un tir de barrage précis et nourri, permet au capitaine Guynemer d'abattre trois « Albatros ». Gloire unique pour la 111e section d'avoir été le camarade de combat de l'immortel Guynemer.
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1917
Parmi les sections qui vinrent combattre dans cette bataille, où, pour la première fois depuis la guerre de tranchées, les Boches sont contraints à un recul sensible et rejetés sur la fameuse ligne Hindenburg, nous trouvons la 127e section, au bois Étoile, puis à Cayeux. Dans l'avance de ce début de 1917, rendue si pénible pour le matériel par la destruction systématique des routes, l'A. A. A. fit des efforts énormes. En certains points, les autos-canons devançant l'artillerie de campagne vinrent constituer le premier soutien de l'infanterie.
 
Pour les sections demi-fixes non dotées de moyens personnels de transport, elles firent des prodiges pour ne pas interrompre leur mis- sion de gardiennes des airs.
Cependant de plus dures épreuves et surtout de plus grands dan- gers devaient leur être imposés à la grande attaque du 16 avril 1917, sur l'Aisne et en Champagne.
En avril 1917, la 127e quitte Cayeux pour l'Aisne. Nous sommes aux derniers jours précédant l'attaque du 16 avril. L'aviation allemande, reformée, renforcée considérablement durant les mois d'hiver, est beau- coup plus puissante qu'à la bataille de la Somme. Son rôle s'est déve- loppé. Devenue plus homogène, elle peut tenter de nombreuses sorties par escadrilles, venir bombarder nos lignes arrières, mitrailler notre infanterie. Supériorité passagère heureusement, mais qui contri- bua beaucoup au mouvement de dépression qui suivit l'échec de nos espoirs dans cette offensive.
L'A. A. A. allait être appelée à jouer un rôle très pénible et très dangereux. Elle devait exécuter de nombreux tirs nécessités par l'activi- té de l'aviation, et de plus en plus des tirs de nuit. Elle était, en outre, exposée à des repérages d'autant plus faciles qu'en prévision de l'avan- ce on l'avait poussée plus près des lignes. Elle sut montrer que l'on pouvait attendre d'elle tous les sacrifices. La 24e fut l'une des sections mêlée le plus intimement à cette lutte. Elle provenait de la fusion des postes 24 et 85. Le poste 24, formé au front le 1er janvier 1916, s'était familiarisé avec les méthodes d'Arnouville durant sa fusion tactique avec le poste 64. En mai 1916, tirs fréquents, auxquels l'ennemi riposte par des bombardements qui deviennent plus violents en septembre - octobre, rendant la position intenable. Le poste 26, qui avait remplacé le 64, est relevé lui-même par le poste 85, en décembre 1916.
Le poste 85 avait lui aussi été constitué au front. Ses débuts au mont Héry, comme protecteur de Châlons, lui avaient valu en 1916, sous l'éminente direction du lieutenant Duhamel, la prime de 500 francs pour un « L. V. G. » abattu. Une citation était venue confirmer les aptitudes du lieutenant Duhamel, en matière de tir contre avions, à la suite de son invention d'un appareil de conduite de tir.

En décembre 1916, les deux postes devaient confondre leurs desti- nées dans celle de la 24e section demi-fixe. L'hiver 1916-1917 sur le front de Champagne fut marqué par de fréquentes émissions de gaz destinées surtout à annihiler le fantassin. Ces émissions par nappes, au début, furent peut-être plus dangereuses pour les éléments de l'arrière- front, plus sensibles à l'effet de surprise que les sentinelles avancées. Ainsi au 30 janvier 1917 et les jours suivants, la section a quinze intoxiqués dont deux évacués. Dès le 1er mars, le secteur s'agite ; en mars, la position subit quatre bombardements très précis par obus de gros calibre.
En avril, tirs très nombreux et bombardements de plus en plus fréquents, Le 17, attaque du massif de Moronvillers pour la prise des monts si précieux à l'observation terrestre. Le 18, la section se déplace et se porte au nord de la voie romaine, suivant la progression.
Le 20 avril, une pièce exécute de nombreux tirs gênant considérable- ment les avions d'observation ennemis. Un bombardement très précis par obus de 150 est alors déclenché sur la position pendant six heures. Dans l'impossibilité absolue de tirer, le personnel évacue la position avec les appareils de pointage et de mesure. Une plate-forme est com- plètement détruite, les deux pièces sont mises hors de service par le feu ennemi. La nuit suivante, malgré le bombardement, on vient évacuer le matériel. Un obus de 150 tombe sur un chariot de parc, tue le conducteur et ses chevaux, et blesse deux hommes.
A la suite de ces faits, un officier, un sous-officier et quatre canon- niers de la section sont cités.
En juin, d'importants travaux sont poursuivis, toujours sous le feu. Enfin, le 30 juin, après six mois de position, dont quatre mois sous des bombardements ininterrompus, avec de fréquents tirs de jour et de nuit, des travaux pénibles dus à la réfection des positions détruites et à l'avance sous le feu, la section part vers une position moins pénible.
Sous les ordres du lieutenant Chavanon, la 24e venait de donner un haut exemple d'esprit de sacrifice que de belles citations avaient ré- compensé. A cet exemple, une autre vieille section, formée au front par les éléments du 38e A. C., la 66e, sous les ordres du lieutenant Conche,
 
devait répondre avec sa fière vaillance coutumière. Combattant dans la région depuis novembre 1915, elle compte déjà trois avions homolo- gués, de nombreuses félicitations pour ses tirs précis; mais aussi, hélas ! de nombreux tués, dont deux officiers, à la redoutable position du bois de Beau-marais.
Le Ier juillet 1917, sous le commandement du sous-lieutenant Conche, secondé par l'adjudant Huet, elle relève en ligne la 24e section demi-fixe. La position occupée est à 2 kilomètres des lignes ennemies, en avant de Thuizy, dans un petit taillis à moitié déchiqueté, sous les vues du fort de Nogent-l'Abbesse. Il est absolument impossible de creuser des sapes, le terrain est trop marécageux. Les abris qu'on peut construire en superstructure n'offrent qu'une protection illusoire contre le bombardement. Du reste, les travaux n'étant possibles que la nuit n'avancent que lentement. Tout le jour, de nombreux tirs sont exécutés en dépit de la contre-batterie ennemie. Les 12, 13, 14 juillet sont particulièrement pénibles. Nos attaques pour élargir nos positions du Cornillet, et les contre-attaques ennemies se succèdent sans interrup- tion. Le petit bois occupé par la section, et dont la silhouette se modifie journellement sous le tir ennemi, est soumis à un bombardement particulièrement violent d'obus de tous calibres; une grande partie des munitions explose. Le 13 juillet, un obus de gros calibre tombe sur le bord de la tranchée-abri d'un peloton de pièce : dix hommes sont enterrés. Sous le feu ennemi qui redouble, on parvient heureusement à les dégager vivants, mais tous sont évacués d'urgence. Un autre pro- jectile effondre un abri en rondins, le personnel qui l'occupait peut s'en retirer indemne, mais les appareils de mesure sont détruits.
Dans la nuit du 13 au 14, la position devenue intenable est abandon- née sur l'ordre du commandant de secteur. Et, suivant les belles traditions, dans la nuit du 14 au 15, malgré de violents tirs ennemis, on revient chercher le matériel. Après ces affaires, la section obtient cinq citations à l'ordre de l'artillerie de la IVe Armée.
Le 15 juillet, l'unité réduite de moitié, exténuée de fatigues et de privations, mais d'un moral toujours inébranlable, est mise à l'organisa- tion d'une nouvelle position qu'elle mène à bien en moins de six semai-

nes. C'est la Fosse-aux-Ours, où elle restera jusqu'en mars 1918, après avoir abattu son quatrième avion, le 30 octobre.
Dans cette grande attaque, se distingue encore la 47e, qui prit part en février-mars 1917, à Berziaux, aux actions d'avant-garde. Puis, on eut besoin d'elle en Argonne, et elle vint occuper la position de La Chalade, durant une année, faisant sous le commandement distingué du lieutenant Nabères, de nombreux tirs de jour, au cours desquels elle abattit deux avions ennemis. La bonne conduite de tout. le personnel, en particulier du brigadier Richard et du canonnier Lyon valut deux citations individuelles à l'ordre de la D.C.A.
Et nous retrouvons la brave 124e sous le commandement du sous-lieutenant Richard. Le 2 janvier 1917, elle débarque à Fismes et, le 28, commence une nouvelle position à Merzy, dans des conditions climatériques extrêmement dures. Le terrible hiver 1916-17 sévit dans toute sa rigueur. Le sol gelé profondément, impose aux terrassiers des efforts inouïs. Enfin, souvent, le ravitaillement apporte des vivres alté- rés par le froid.
Malgré ces obstacles et les fatigues du déplacement, le 27 février 1917 la position est terminée et les pièces prêtes à tirer. La 124e est alors désignée pour relever le poste 30 à Mailly.
Ce n'était pas une des choses les moins pénibles à la guerre, que de bien travailler à l'organisation d'une position, pour l'abandonner ensuite à peine achevée. Bien sûr, le travail n'était jamais perdu, d'autres occupaient la place, ou bien c'était une position de bonne prévoyance. Oui, mais le terrassier, le menuisier, le décorateur qui l'avaient faite de leurs efforts : au début péniblement, puis avec plus d'ardeur à mesure qu'elle se perfectionnait et, à la fin, presque avec amour, chacun s'ingé- niant à la rendre plus pratique, plus confortable même, et plus pittoresque. Il en coûtait à tous de l'abandonner aux intempéries qui la rendraient bien vite informe et inhabitable, ou même à des camarades qui ne sauraient sans doute pas l'apprécier comme on l'aurait voulu, car s'il y avait des plans réglementaires d'organisation de position, ils n'avaient jamais étouffé l'initiative personnelle des sections. Aussi chaque unité un peu ancienne avait-elle ses habitudes, ses petits perfec-
 
tionnements et ses artistes même, qui s'accommodaient bien rarement de ce qui faisait les délices et la fierté des camarades de l'autre unité. Petites misères des humbles dans ces relèves, qui leur faisait le coeur un peu plus lourd encore, outre l'appréhension d'un danger mal connu, lorsqu'ils quittaient leur coin pour d'autres secteurs.
Le poste latéral de la nouvelle position était assez dangereux. Ins- tallé à Puisieux, il recevait de fréquents bombardements malheureuse- ment très précis. Le 15 juin, il fut entièrement bouleversé et le 27 juil- let le canonnier Baron, du poste 30, y trouva la mort émouvante des humbles combattants : gloire la plus pure, sans honneurs, toute de sacrifices.
Cependant des sections d'auto-canons étaient constituées sans interruption au centre d'Arnouville. Certaines comptaient au 63e. Nous trouvons l'une d'elles, la 53e, à la bataille de Champagne, dès le mois de mars. Ces sections disposent de nouveaux moyens, beaucoup plus puissants, dus à cette précieuse faculté : la mobilité. Leur mise en bat- terie est très rapide et aussi le départ de la batterie le cas échéant.
Rattachés à la Ve armée, en position au nord de Pontavert (ouvrage d'Arcole), la 53e section effectue de dix à trente tirs par jour, consom- mant de 60 à 300 obus. Le 19, à 10h 45, elle contraint un « Albatros » de chasse à atterrir dans ses lignes. Le lendemain, des bombardements de représailles commencent. Plus de 250 obus de 150 tombent sur la position. Le personnel au grand complet reste à son poste, heureux dans son courage, car il n'y a pas de victimes, le matériel seul fut un peu endommagé.
Le lendemain, mettant à profit un temps couvert, doublement favorable à un déplacement en dérobant l'unité aux vues ennemies et en gênant les vols d'avions, ce qui laisse tout répit à l'A.A.A., les pièces changent de position et se mettent en batterie à l'est du village de Pontavert. Les tirs continuent aussi nombreux, car dans cette période d'attaque l'activité de l'aviation ne se relâche pas. Jusqu'au 31, la sec- tion exécute chaque jour des nombreux tirs. Aussi est-elle vite repérée et bientôt c'est un arrosage continuel de la position prise dans un tir sur zone de l'artillerie ennemie. Le 1er juin, le canonnier Biscon est blessé.

Enfin, le 2, la Section met sur roues et part en réserve vers Baslieu-lès-Fismes, où elle fait quelques tirs de nuit, les bombardiers Boches devenant, en effet, de plus en plus actifs. Et le 20 juin, alors que l'action s'est ralentie dans la région, la 53e reçoit l'ordre de rejoindre la Ire armée à Dunkerque, par ses propres moyens.
Dans cette période, les unités d'A.A.A. eurent beaucoup à souffrir de l'activité de l'aviation de l'ennemi, accrue Encore lorsqu'il eut perdu ses précieux observatoires des Monts. Des bombardements fréquents et violent occasionnèrent de nombreux changements de position. Mais toutes les unités engagées firent bonne figure. Les 13e, 148e, 58e qui devaient rester toujours dans la région, se distinguèrent aux attaques d'avril et d'octobre aux positions avancées du Balcon, du Trou-Bricot, de la Fosse-aux-Ours et de la cote 147. Violemment prises à partie par les batteries de gros calibre, soumises en particulier à de nombreux tirs à obus toxiques, ces sections ont rempli leur mission d'une façon qui leur a valu fréquemment les félicitations des autres armes. Ainsi, la 13e section obtient, le 28 octobre 1917, les honneurs d'une citation à l'ordre de l'artillerie de la IVe Armée.
Après la bataille des Monts de Champagne, l'armée française devait livrer un assaut énergique aux positions allemandes de Verdun (cote 304, en particulier). C'était le couronnement fructueux de nos victoires d'octobre et décembre 1916, qui devaient rendre très difficile à l'en- nemi, dans un secteur où il avait cru gagner la bataille décisive, la repri- se de toute offensive. Si dans ces attaques, très bien préparées, l'infan- terie eut relativement peu de pertes, les violents bombardements à gros calibres et obus toxiques de l'ennemi vinrent éprouver durement les unités d'artillerie.
Les sections de D. C. A. amenées à jouer des rôles de plus en plus actifs à cause des missions plus étendues confiées à l'avion, eurent à nouveau l'occasion de montrer leur courage magnifique. Le poste 119 fut proposé tout entier pour une citation à l'ordre du jour de l'Armée pour le motif suivant :
Sous les commandements successifs du lieutenant Sagols et du sous- lieutenant Versille, n'a cessé, depuis dix-huit mois, de faire, preuve dans
 
l'accomplissement de sa mission de la plus belle conception du devoir militaire; s'est spécialement distingué le 18 juin 1917 dans les circonstances suivantes :
Le ballon en ascension à B.... venait d'être attaqué puis incendié par un avion ennemi ; pris sous le feu du P. 119, cet avion a été atteint par les projectiles du poste et a eu une de ses ailes déchiquetée, d'après de nombreux témoignages concordants il a été obligé d'atterrir, désemparé, dans ses lignes. En représailles, le poste a été aussitôt pris sous le feu violent d'une batterie de 210 et a reçu 250 obus à moins de vingt-cinq mètres de la pièce.
Sous les rafales furieuses, l'attitude du poste a été au-dessus de tout éloge. Les dix-huit hommes de la pièce de tir, ensevelis dans la sape de la casemate, complètement bouleversée, tandis que sautaient tous les projectiles des abris à munitions, sont parvenus, après quarante minu- tes de travail sous l'énergique commandement du sous-lieutenant Versille, sorti le dernier de la sape effondrée, des maréchaux des logis Franceschi, Pellerin et Guérin, à se dégager complètement avec le minimum de pertes, faisant preuve dans ces moments critiques d'un calme, d'un sang-froid et d'un esprit de discipline qui méritent d'être, donnés en exemple à tous.
A ses côtés, le poste 162, à Sainte Fine, puis au ravin de La Caillette, se débattait dans les mêmes dangers. Au début de juillet, tous les hommes, sauf quatre, furent intoxiqués et parmi eux le sous-lieutenant Colomb, qui fut tué quelques jours plus tard à l'hôpital de Belrupt. Le personnel du poste 119 vint alors assurer le service des pièces du poste 162 jusqu'à épuisement de son effectif. Le dernier jour, le maréchal des logis Pellerin restait seul avec cinq hommes pour servir la pièce.
Et dans cette lutte, nous retrouvons les sections restées aux mêmes positions sans cesse battues par l'artillerie ennemie et dans les mêmes paysages de mort que la formidable bataille de 1916 avait laissés derrière elle.
La 53e, qui réunit les postes 53 et 142 au 20 décembre 1916. Sa position de la lisière sud de la forêt de Hesse, bois de Parroy est vio-

lement bombardée. Le canonnier Jambon, blessé grièvement à la tête, obtient la médaille militaire. Ses camarades Duvernoy et Hérning sont cités à l'ordre du régiment. Malgré tout, la section remplit sa mission, gênant les avions de réglage et de reconnaissance, et exécutant des barrages contre les chasseurs et les bombardiers.
Le 1er novembre 1917, elle est appelée à un poste plus périlleux encore, au bois de La Caillette, secteur du fort de Douaumont. Nom sa- cré que des centaines de milliers de combattants français ne pour- ront jamais entendre sans un. frémissement. Il évoque tant de choses ce simple nom : Douaumont ! Tant de dangers, tant de souffrances et tant de gloires. Jusqu'au 7 janvier 1918, la brave 53e continue ses tirs vigi- lants et précis ; deux servants encore sont blessés, dont l'un, Guistet, très grièvement ; l'autre, Marie, fidèle reflet de l'esprit qui anime la section, refuse d'être évacué. Tous deux obtiennent une citation bien méritée à l'ordre du régiment.
La 127e, qui, formée le 1er janvier 1917, avait fait déjà les secteurs de la Somme, l'Aisne, la Lorraine, vint en juillet 1917 au bois du Chapitre prendre part à la troisième attaque. Du 21 août au 31 octobre, elle tient la côte du Poivre. Position extrêmement dure, dans un paysage de cratère; elle est détruite de fond en comble, à deux reprises, le 26 septembre et le 25 octobre, et la section compte plusieurs blessés et deux morts. Le 21 septembre, grande fierté au milieu de ces dures épreuves : elle abat un avion.
La 51e est encore là depuis 1916 au bois du Chapître, au ravin des Vignes, à Osches, à l'ouvrage de Charny, au Signal-Détruit (E. de Souilly), et la 48e restée depuis août 1916 en position à Monthairons.
D'autres sections eurent à Verdun des débuts terribles. La 197e occupe les périlleuses positions suivantes : 21 juillet 1917, Les Monthairons; le 25 septembre, le bois Bourrus ; du 8 décembre au 10 mars 1918, la sinistre côte du Poivre. Malgré les bombardements, elle exécute de violents tirs de jour et, en dépit des fatigues, fait la nuit de furieux barrages. Ses tirs sont aussi précis que nourris. Sous le commandement du lieutenant Soudre, elle abat un avion au bois Bourrus et un deuxième à la côte du Poivre, avec l'adjudant Murat. Ces
 
deux chefs de section émérites sont cités, ainsi que le maréchal des logis Perhoucq, les brigadiers Charpentier et Poyon, et les canonniers Humbert, Jacquemard et Tissinier.
C'est encore au cours de cette période héroïque que le maréchal des logis Deputiers (Louis) obtenait la magnifique citation suivante :
Blessé mortellement à son poste de chef de pièce, est tombé bravement en disant à ses hommes : « Je meurs content, c'est pour la France! », le 3 octobre 1917.
Ces faits disent assez ce que furent les sections du 63e aux batailles de Verdun de 1917. Il en est de même dans toutes les autres grandes actions, en particulier celles qui, à, la fin de cette même année, allaient se livrer en Belgique.
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BELGIQUE : 1917
L'attaque française du 16 avril, qui n'avait pas donné les résultats escomptés sur l'Aisne et aux Monts de Champagne, allait avoir son pendant en Belgique, où l'armée britannique devait fournir un immense effort en hommes et en matériel.
Une armée française, la IVe, devait y participer, sa concentration s'opérait vers Dunkerque dès le mois de juin. Dunkerque, d'ailleurs, jouait à l'arrière du front le rôle très important d'une base, à la fois maritime et terrestre, essentielle à nos Alliés et à nous-mêmes. Les citations et les décorations obtenues par cette noble cité ont signalé ce que fut l'acharnement de l'ennemi sur une ville précieuse à nos armées et qu'il regrettait toujours de n'avoir pu atteindre en 1914. Il mit tout en œuvre pour la détruire et nous en interdire les services : bombarde- ments par mer, bombardements par très grosses pièces spécialement installées à cet effet, raids fréquents, presque quotidiens de «Gothas». Pour des raisons de haute tactique et de profonde humanité, il s'im- posait de défendre énergiquement Dunkerque et sa courageuse popula- tion contre les bombes ennemies.
De nombreuses sections furent appelées à cet effet. La 140e, en sta- tion dans l'Oise depuis 1916 sans n'avoir jamais eu à tirer, est mise en

route fin juin 1917. Elle est munie, perfectionnement important, d'ap- pareils nouveaux remplaçant les anciens appareils de pointage. Car si, aux armées, l'on tire avec de plus en plus de succès, là-bas, à Arnouvil- le, inventeurs et instructeurs, ardemment tournés vers le front, suivent avec passion les efforts et les résultats obtenus, y puisant de précieux enseignements pour orienter leurs recherches dans le perfectionnement du matériel et des méthodes de tir.
Le départ a lieu pour la gare régulatrice de Dunkerque. Le 26, arri- vée à Calais, où l'on doit s'arrêter, car le bombardement ennemi interdit momentanément l'accès de Dunkerque. A 20 h. 50, arrivée à Dunkerque; mais les voies sont encombrées ; pas de quai de débarque- ment. Les six wagons transportant le poste sont aiguillés sur une voie de garage. Après une station prolongée, le débarquement s'effectue à grands efforts, à pleine voie, pour le matériel que l'on charge dans les quatre camions de la D. C. A. de la Ire Armée. A 9 heures, les wagons arrivent à quai, permettant le déchargement des véhicules automobiles, camionnette et auto-projecteur. A 14 heures, départ pour Pont-aux- Cerfs (N.-O. d'Hondschoote), où l'on commence l'installation. L'occu- pation se fait avec difficultés et il y a lieu, en outre, d'installer, de régler les goniomètres et sito-gonio-mètres, et surtout d'en faire la théorie au personnel. Le 8 juillet, tous les appareils sont installés, vérifiés, réglés, le poste est prêt à tirer. Sa mission commune au poste 156 est la pro- tection du camp d'aviation de Hondschoote.
Et, jusqu'au 1er octobre 1917, jour et nuit, sauf par les ciels trop couverts ou par les trop grands vents, la section effectue des tirs, soit à vue, soit au son. Le 1er octobre elle passe en Belgique, s'installe dans la commune d'Houthem, pour une mission identique qu'elle continue dans les mêmes conditions à la fois pénibles et monotones. Sur le journal de marche revient comme une litanie : « Avions ennemis venant du N.-E. vers le N.-O. ; altitude 3.000, 28 coups tirés, etc. ». Il en est ainsi toute l'année 1917 et de même au début de 1918.
En mars 1918, une plus grande activité de l'aviation ennemie exige de plus grands efforts. La section exécute de fréquents tirs sur escadrilles toujours délicats pour la désignation de l'objectif. Enfin, le 21 mars
 
1918, tant de persévérance porte ses fruits : un «Gotha» est abattu dans des conditions qui permettent au personnel de la section de sa- vourer pleinement son triomphe. Au cours d'un tir sur escadrille de bombardement exécuté simultanément avec une pièce de la 116e sec- tion, un avion, atteint dans le fuselage, dans l'hélice du moteur gauche et dans les deux plans de gauche est forcé d'atterrir sur la plage à proxi- mité du poste. Il portait encore quatre torpilles, dont une de 50 et trois de 100 kilos; deux autres de 100 kilos avaient été lancées à deux cents mètres du point d'atterrissage. Les trois aviateurs furent faits prison- niers. L'équipage se composait de deux officiers et d'un sous-officier. Le tir était commandé par l'adjudant Corbie.
Et sont accourues encore à la défense de la région la 192e, partie d'Arnouville le 8 novembre 1917 et qui s'installe à l'usine de Marquises, place de Boulogne ; la 29e à Coulogne (Pas-de-Calais) ; la 169e (fusion des postes 169-171) à l'ouvrage de Petite-Sinthe (Dunkerque). Elles tirent contre les avions de bombardement. En octobre 1918, la 169e embarque pour Roulers après avoir abattu un avion.
D'autres sections à Malo-Centre, Taverne, dans le morne paysage des dunes, ont la même mission, qu'elles remplissent avec vigilance et, le cas échéant, avec intrépidité. Stoïques sous les bombardements par obus et sous les torpilles d'avions, elles effectuent des tirs qui, tout en gênant considérablement les escadrilles allemandes, sont d'un grand ré- confort pour la population. Une section en pleine action, au cours d'un raid de « Gothas », est prise à partie par les bombardiers ennemis. Elle continue son tir, malgré les chutes de torpilles qui se rapprochent. Une torpille éclate en plein sur la pièce, anéantissant le personnel. La pièce voisine continue son tir. De tels actes de la plus pure vaillance, ainsi que plusieurs avions abattus ont valu à la 170e section la magnifique citation suivante, qui honore toute la D.C.A. de Dunkerque à laquelle elle pourrait aussi bien s'adresser :
Sous le commandement des sous-lieutenants Bollée et Chaboussant, fréquemment prise à partie par les avions ennemis, en particulier au cours des bombardements du 25 septembre et du 2 octobre, où elle a subi des pertes sérieuses en tués et blessés, s'est signalée par le courage

et le dévouement avec lesquels elle n'a jamais .cessé d'assurer le service de défense dont, elle était chargée.
A Dunkerque, le 2 décembre.
Le général gouverneur :
Signé : LABORIE.
Les sections de la Ire Armée qui participent plus directement aux opérations du front se comportent également d'une façon digne d'élo- ges. La 53e, en batterie près de Zuydschoote, abat un avion qui tombe en flammes dans ses lignes. A cette occasion, la section reçoit la citation suivante :
ORDRE N° 54 DU 26 AOÛT 1917
Le Général de division Laborie, commandant l'artillerie de la 1re Armée, cite à l'ordre de l'artillerie de l'Armée la 53e Section d'autos- canons :
Sous le commandement du lieutenant Picard, avec la collaboration dévouée du chef de pièce Navailhes (Henri), du brigadier Gody (Louis) et du pointeur Balan (Barthélémy), a abattu un « L. V. G. » de réglage le 26 août 1917, à 6 h. 30, qui est tombé en flammes entre Aschoop et la ferme Honoré.
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1918
L'année suprême qui allait exiger, plus d'efforts et de sacrifices encore de toute l'armée française devait provoquer dans les sections de D. C. A. de magnifiques mouvements d'héroïsme et d'abnégation, sur- tout dans la première phase de la grande bataille de 1918, la plus dure, celle de l'avance allemande.
La première attaque en mars sur le front de l'armée anglaise n'inté- resse pas directement nos sections qui sont en secteur derrière les lignes françaises. Cependant, dès avril 1918, la Ire Armée française venait occuper le secteur de l'Avre ; nos sections arrivent. La 124 est appelée à la Montagne de Reims pour assurer la défense anti-aérienne de Beauvais - base de premier ordre dans les opérations en cours.
Les 49e et 219e sections concourent à la même mission. Pendant tout
 
le mois d'avril et en mai, ces sections effectuent de nombreux tirs, particulièrement la nuit, car les escadrilles de bombardement ennemies déploient une très grande activité, recherchant nos cantonnements, dépôts, gares, harcelant nos colonnes sur routes ou nos batteries, et même franchissant nos lignes pour les raids vers Paris. Nos sections déploient, elles aussi, beaucoup d'énergie dans cette lutte que chacun devine suprême et, le 6 juin 1918, une torpille tombant près d'une pièce en action tue un servant et en blesse un autre.
L'activité de l'aviation de bombardement allemande n'était qu'une manifestation particulière de l'énergie déployée par l'armée ennemie tout entière. De formidables attaques se précipitent sans interruption. Après les offensives de l'Oise et de la Somme, l'ennemi s'élance sur le front des Flandres, espérant en finir avec l'armée britannique déjà ébranlée en mars-avril. De nombreux contingents français de toutes armes viennent renforcer les lignes anglaises dans la terrible lutte qui se déroule au mont Kemmel, au mont des Cats, faibles éminences qui cependant prennent une importance stratégique énorme au milieu de la plaine des Flandres. L'activité aérienne, là encore, est très grande, nécessitant de violentes réactions de notre artillerie spéciale.
Des sections d'autos-canons, infiniment plus mobiles que les demi-fixes, ont pu rejoindre rapidement le détachement français de l'Armée du Nord, en particulier la 44e, venue de Nancy par Beauvais, et la 53e qui opérait vers Rexpoede sont mises à la disposition du 36e C. A. Le 23 avril, la 44e est engagée avec le corps d'armée aux environs de Poperinghe. Le 24, en batterie au nord du Mont-Rouge. Le 25, à 4 h. 45, la section part pour occuper la position de la veille. A mi-chemin, aux abords de Westroutre, elle est prise dans une nappe de gaz très dense et sous le tir de harcèlement de la route. Impossible de continuer avec le seul masque M2 que possèdent les hommes de la section. A l'avant, la canonnade est extrêmement violente vers le mont Kemmel, où l'ennemi lance de furieux assauts.
Le lieutenant Septier laisse la section au commandement de l'adju- dant Ratel, avec ordre de se retirer momentanément hors de la nappe de gaz pour accomplir efficacement la mission de tir. Il part en reconnais-

sance avec l'aspirant Ferry et le chauffeur Lafontaine. Au delà de Westroutre, le brouillard de gaz est toujours aussi dense, la buée qui se dépose sur les vitres des masques M2 empêche le chauffeur de voir un trou d'obus qui coupe entièrement la route, la voiture y tombe, impos- sible de l'en retirer. Impossible de songer à reprendre la position de la veille car le chemin est entièrement défoncé de trous d'obus. La reconnaissance, revient à pied.
Pendant ce temps, l'adjudant a fait mettre en batterie au nord de Reninghels et a contraint un avion à piquer brusquement vers ses lignes. Un caisson a dû être momentanément abandonné, enlisé dans un trou d'obus. Sous la direction du lieutenant, une équipe repart immédiate- ment et avec les plus grandes difficultés, après de longues heures d'efforts, dans les gaz et sous la canonnade, elle réussit à ramener le caisson. A 9 heures, la section est entièrement reconstituée et n'a jamais cessé d'accomplir sa mission de protection. Un canonnier blessé est évacué. Et, jusqu'au 23 juin, la section déploie la même énergie, encais- sant de fréquents bombardements et exécutant de très nombreux tirs de jour et de nuit. Le 28 avril, un avion tiré par la section est abattu dans nos lignes.
La 53e, déjà citée, a exécuté tout l'hiver de nombreux tirs de jour. Le 27 février, elle force un avion de reconnaissance à regagner ses lignes et le 12 mars un « D. F. W. » atterrit désemparé sous la double action d'un chasseur belge et de la 53e. Le 18 avril, en position au Coq-de- Paille, près d'Eecke, la section continue les tirs précis et vigilants dont elle est coutumière. Le 3 mai, un « D. F. W. » est abattu dans nos lignes au nord de Saint-Jean-Capelle. Le 15 mai, un « D. F. W. » tiré par les 7e et 53e tombe à la verticale vers Bailleul. La réaction de l'ennemi, sensible à ses pertes, se manifeste par des bombardements de 105 et de 150. Le 1er juin, les 7e et 53e abattent un autre avion.
Des promotions et citations témoignent à l'unité la satisfaction légitime du commandement. Et, le. 28 avril, la section réussit encore à faire piquer fortement un « D. F. W. », qui disparaît dans la brume. Les succès fréquents enregistrés en 1918 sont le meilleur hommage que l'on puisse faire aux théories d'Arnouville. Matériel et personnel sont au
 
point et le rendement devient très bon. La D. C. A., plus que jamais nécessaire, rend maintenant des services éminents.
Cependant l'armée française, dont les réserves s'étaient jetées dans la bataille aux côtés des Anglais devant Mont-Didier, sur l'Avre et dans les Flandres, allait subir, elle aussi, un assaut formidable de la part d'adversaires résolus à obtenir coûte que coûte une décision. Ce fut la fameuse attaque du 27 mai au Chemin-des-Dames. Les S. D. F. en secteur dans la zone d'attaque, après avoir fait sauter leurs pièces - ces compagnes de tant de jours et de nuits de combats - ne purent pas toutes échapper à la foudroyante avance ennemie. Celles, plus heureuses, qui n'étaient qu'en bordure de la zone sacrifiée par notre commandement pour permettre à nos troupes regroupées de soutenir victorieusement le choc sur ses positions de repli, n'en subirent pas moins de dures réactions. La 171e, à cent mètres à l'ouest de Reims depuis avril, fut soumise à de terribles bombardements du 26 au 30 mai. Elle exécute cependant ses tirs et, le 27, a le précieux, réconfort dans ces jours d'épreuve d'abattre un avion « Hannover ».
Dans la nuit du 28 au 29, l'ennemi arrive à quelque cent mètres de la position. La section a tiré jusqu'au dernier moment, il est trop tard pour évacuer le matériel. Le lieutenant fait sauter les pièces : cruelle nécessité. Le personnel évacue la position et au milieu de tirs de barrage, le 30, le lieutenant commandant, accompagné de quelques volontaires apportant dans leur mission cette haute conscience du devoir qui fait aller simplement au-devant des plus durs sacrifices, retournent récupérer le matériel non détruit.
De tels exemples se produisent dans nos sections aussi souvent que les circonstances l'exigent. La 200e le prouve une fois de plus. Venue d'Arnouville avec le sous-lieutenant Clerc, elle prend position, le 29 septembre 1917, au nord de Chavigny (Aisne), puis au sud de Vauxaillon (ferme Noisy), en février 1918, et enfin au bois Faucille, à 800 mètres au sud-ouest du célèbre Moulin de Laffaux, le 20 avril 1918.
Elle subit, le 27 mai, la préparation d'artillerie ennemie extrême- ment violente à obus explosifs et toxiques, déchaînée brusque et bruta-

le en pleine nuit, vers 0 h. 30. Petite unité perdue dans la tourmente, la section reste à son poste sans ordres ni renseignements. Soudain, vers 9 h. 30, l'ennemi débouche du Moulin et, sur la route d'Allemant, les patrouilleurs boches installent leurs mitrailleuses et battent la position. Les sous-lieutenants Clerc et Cambon, le chef Warot et tous les sous-officiers et soldats, se révélant dans ce moment critique à la hauteur de toutes les traditions françaises, mettent d'abord le matériel hors de service. Ils font sauter les pièces. Puis, toujours calmes, dans une attitude qui en impose aux patrouilles ennemies, ils se replient vers Hartennes et peuvent ainsi échapper en ne laissant qu'un prisonnier, le canonnier Léger, disparu au cours d'une liaison.
Cependant tant de sacrifices allaient enfin recevoir leur juste cou- ronnement. Les attaques ennemies, si furieuses qu'elles fussent, ne lui avaient apporté aucune décision. Le 14 juillet, il tentait, dans un suprê- me effort, d'enfoncer notre Armée de Champagne (la IVe). Son échec complet était suivi par la contre-offensive de l'Aisne du 18 juillet, prélude d'une période d'offensives si heureuses qu'en moins de quatre mois elles allaient nous conduire à la plus glorieuse des victoires. Nos sections allaient encore prodiguer tous leurs efforts dans cette lutte victorieuse.
A l'armée Gouraud, la 24e, qui depuis 1917 combat dans le dur secteur des Monts de Champagne, occupe alors une position au nord de Baconnes et au mont Sans-Nom. Depuis mars, elle y est soumise à des bombardements intenses à l'ypérite qui lui infligent des pertes sensibles. En mars, elle abat un avion ennemi qui venait attaquer un ballon d'observation. En avril-mai, les bombardements se font plus précis, rendant la situation de plus en plus précaire et, le 31 mai, enfin, la section, partant vers un destin moins glorieux, mais plus clément, est dirigée sur Esternay (Marne) pour protéger la gare. Bien qu'aux arrière-lignes de l'armée, elle n'en continue pas moins à rendre de signalés services.
Les 4e, 13e, 40e, 58e 66e, 148e, 218e sections demi-fixes, vieilles unités de la IVe Armée, déploient dans cette lutte des qualités d'abné- gation manifestées en 1917. Malgré les pertes subies, le personnel qui a
 
fait ses preuves dans l'infanterie et l'artillerie de campagne conserve une tenue digne de tous les éloges qui, avec les services rendus, vaut à ces sections les félicitations du quartier général d'armée. Dix-neuf avions, en effet, ont été officiellement homologués à l'actif de ces sections : cinq à la 13e, cinq à la 66e, cinq à la 58e, deux à la 148e, un à la 4e, un à la 40e, et de nombreuses citations individuelles sont décernées dans chaque section
De même la 26e, pour son attitude remarquable sous les bombar-dements par canons et avions de juillet 1918, et pour ses tirs précis effectués en toutes circonstances, obtient une lettre de félicitations du général Gouraud. la 111e, qui devait lui être réunie dans la 56e batterie (Sézanne) et qui s'était signalée en septembre 1916, en collaborant avec le Capitaine Guynemer, eut une conduite non moins remarquable. Se tenant la plupart du temps à faible distance des lignes ennemies, soumise à de furieux tirs de contre-batterie, elle abat deux avions le 18 mai et le 10 août 1918.
En août 1918, nos Ire et IIIe Armées, en liaison avec l'armée anglaise du général Rawlinson, prenaient l'offensive sur l'Avre, puis devant Montdidier et dans le massif de Thiescourt. La guerre de mouvement allait recommencer, d'abord lentement puis en s'accélérant. Les sections d'autos-canons, plus heureuses que nos demi-fixes, pourront accom- pagner la poursuite. Le 9e groupe d'autos-canons, les 7e, 44e et 53e sont rappelées des Flandres pour être mises à la disposition de la Ire Armée devant Moreuil. La 44e au nord de Chirmont, les 7e et 53e à la ferme Nicolas, sur la route Oresmaux-Jumel, surveillent les avions ennemis qui débouchent à l'est des lignes boisées couronnant le plateau du Santerre au delà de l'Avre et protègent nos ballons. L'aviation ennemie, nettement dominée, ne fait plus le jour que de rares tentatives et jusqu'au mois d'août les sections exécutent la même mission, avançant leurs positions au fur et à mesure de la progression de nos troupes qui dès le 6 août, ont largement franchi l'Avre.
Le 1er août la 44e, à Berny, au cours d'un tir sur avion, est prise dans un tir de neutralisation ; néanmoins, l'avion est contraint de faire demi- tour, malgré les trente coups de 105 encaissés par la section. Le 4 un

«L. V. G.» est abattu dans ses lignes. Le 11 août, l'Avre est franchie. Le 9, la 44e passe la Somme à Saint-Christ. Le 10 septembre la 53e la franchit à son tour le 19 ; après un court repos, elle prend position dans la région d'Artemps et jusqu'au 30 exécute de nombreux tirs. Le 14, la 44e, au cours d'un tir sur « Fokker », reçoit cinquante coup de 150. Elle parvient à évacuer sans pertes pour reprendre plus loin sa mission. L'ennemi s'est accroché à la ligne Hindenburg et pour une période - assez courte du reste - la lutte a retrouvé sa physionomie de guerre de tranchées. Mais la retraite repris bien vite et se précipita.
Toutes les armées, de la mer du Nord à la Champagne, s'étaient successivement élancées avec succès contre l'ennemi. L'armée américai- ne, déployant de hautes qualités guerrières et des moyens imposants, attaquait devant Saint-Mihiel, puis en Argonne et devant Verdun, avec le concours d'une armée française. Les sections éprouvées qui tenaient le secteur célèbre depuis plusieurs années devaient là encore témoigner de leurs inépuisables qualités. La 53e, qui en février 1918, au bois de La Rappe, avait abattu un avion (sous les ordres du lieutenant Dumont), avait passé juin et juillet à Revigny, y tirant sur les escadril- les de bombardement. Les dures journées du mois d'août la trouvent à l'honneur jusqu'au succès final, en position à la côte du Poivre, où elle subit de sévères bombardements sans faillir à sa mission. La 127e se trouve au ravin du Gravier, à la ferme Bellevue, à Dugny et Thierville, déployant les mêmes qualités. La 51e à Souilly du mois d'août 1917 à juin 1918, passe à la tranchée de Calonne où elle abat un « D. F. W. » dans le bois de Manheulles, le 22 octobre 1918.
Les trois sections au 1er janvier sont réunies et confondues dans les batteries du groupement de Verdun, voyant ainsi sanctionner un état de choses qui existait en fait depuis leur formation, en devenant nomi- nativement : Batteries de Verdun. La 52e et la 59e ont la même mission à La Caillette, Chapelle Sainte Fine, Queue de Mala, Houdainville, et seront confondues dans la 75e batterie, secteur de Toul, avec la 197e. Cette dernière, après la côte du Poivre, avait fait en mars 1918 la Tranchée de Calonne, où elle avait abattu son troisième avion, sous les ordres du lieutenant Sourire puis Bar-le-Duc, enfin la Croix-sur-Meuse
 
et Saint-Mihiel. La 47e devait les rejoindre après avoir combattu dans l'Argonne toute l'année 1918, ainsi que la 56e venant de la Tranchée de Calonne. Elles constituaient les batteries de Toul avec les 214e et 24e sections venues de Champagne.
Enfin, les 119e, 57e, 208e, 70e 163e devenaient batteries de Metz. Appartenant au secteur de Commercy, elles avaient participé à l'atta- que américaine de Saint-Mihiel. Au cours de l'avance réalisée, la 57e (sous-lieutenant Dupont) se fit particulièrement remarquer par son en- durance et son énergie, fournissant une somme de travail énorme pour déplacer son matériel, elle arrivait à Nonsard le 20 à 4 heures du matin et à 17 heures avait une pièce en état de tirer, alors que le 19, à 17 heures, elle était encore à Mécrin, se montrant en outre remarquable dans le tir en abattant un avion à Mécrin et trois à sa nouvelle position de Nonsard.
La 208e rivalise de précision dans ses tirs en abattant comme elle trois avions en octobre, à Regniéville, sous le commandement du sous-lieutenant Hauteville, ce qui lui vaut une citation au régiment.
Ainsi ces sections se montraient dignes d'entrer en batterie aux côtés de la 162e et de la 119e, dont les faits d'armes des années précé- dentes honorent la D. C. A. et toute l'armée française. La 48e, citée à l'ordre en 1916 à Verdun et qui avait combattu au bois des Trois-Jurés (Tranchée de Calonne), devait elle aussi occuper une place honorable dans les batteries de Metz.
Bientôt, du reste, toutes les sections, même les plus modestes qui n'avaient fait que garder avec conscience le coin du secteur calme où leur destin les avait amenées, toutes devaient avoir la juste récompense de leur dévouement. L'avance générale se poursuivait des Dunes à Verdun. La 140e, qui avait mélancoliquement enregistré dans son journal la suppression des permissions au 28 mars 1918, avec allégresse prenait sa part de la grande avance au 20 octobre 1918. Réunie à la 186e, elle embarque à Adinkerque pour Lichtervelde (région libérée). Le 31 octobre, installée à Wyncht, prête à rentrer en action, elle reprend sa garde vigilante de sentinelle aux « Gothas », la même garde que mon- tent dans leur secteur de Lorraine où l'on attend avec une fière impa-

tience l'offensive décisive, les 68e et 72e sections dont les pièces, en défendant Lunéville, ont abattu trois avions. Mais le 11 novembre 1918, à 8 heures, le sous-lieutenant Corbie, de la 140e, reçoit le mes- sage officiel téléphoné suivant : « Les hostilités sont arrêtées sur tout le front à partir du 11 novembre, 11 heures ».
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LA VICTOIRE
11 Novembre 1918 !
Le message téléphoné noté par la 140e section et reçu de même par toutes les formations marquait l'heure la plus émouvante de nos hum- bles vies de soldats comme de l'existence de nos unités et même de l'histoire de notre pays. Cette date apportait à la fois la fin de nos luttes et le plus magnifique succès que nous ayons rêvé. L'armée allemande, cette force orgueilleuse, écrasante et implacable, qui devait tout submerger, s'abattait enfin sous nos coups.
Toutes les forces de la France, tendues dans le plus grand effort d'énergie qu'on ait vu, avaient arraché la victoire après cinquante-deux
mois de labeurs surhumains et de sacrifices innombrables. Dans ce déploiement formidable et immense des efforts de tout un peuple, nos sections de D. C. A. ont apporté sans compter leur part de souf- frances, d'énergie, d'intelligence et de sacrifices. D'autres unités sans doute ont eu des rôles plus héroïques, ont rendu des services plus écla- tants, ont versé plus abondamment le sang généreux de leurs soldats, mais pour la persévérance dans l'humble dévouement et pour la haute conscience du devoir, l'historique de nos sections est comparable à tous. dans un prodigieux effort d'imagination, après une application sans relâche, un matériel merveilleux est conçu, qui, avec les méthodes de tir élaborées, permet, aussi bien pour le tir à vue que pour le tir au son, les résultats qui sont les dignes récompenses de ces grands travail- leurs. On dénombre, en effet, plus de 450 avions abattus par nos canons, les avions officiellement homologués étant seuls comptés.
Ces vertus, manifestées au front par toutes unités, sont d'ailleurs le premier enseignement qu'elles ont reçu à Arnouville. Là, dans un travail
 
acharné, une élite invente, instruit, perfectionne, organise.
Récompenses précieuses pour les chefs de section qui ont su com- prendre et mettre en pratique les théories d'Arnouville. Pour la plupart officiers blessés, beaucoup venant de l'infanterie, c'était un gros effort intellectuel que de s'assimiler les méthodes de tir contre aéronefs et se mettre au courant d'un matériel sans cesse entraîné vers d'autres per- fectionnements par l'inlassable effort des théories du Centre. Mais leur grand mérite encore à ces chefs de section, c'est d'avoir entretenu dans leurs petites unités - sans préjudice d'une douce familiarité - la rigou- reuse discipline, facteur essentiel dans le tir contre avions, l'esprit de sacrifice indispensable à toute unité combattante et surtout la persévé- rance dans l'humble dévouement. La plupart des servants, territoriaux ou changés d'armes pour blessures avaient des aptitudes physiques restreintes. Les manœuvres de force à exécuter en vitesse, les déplace- ments du poste, la réfection des positions détruites par le bombarde- ment, le service accéléré et prolongé des pièces jour et nuit, très pénibles par eux-mêmes, exigeaient de ces ex-blessés des efforts surhumains, et ces hommes qui avaient déjà donné tant d'eux-mêmes devaient affronter encore les grands dangers des bombardements à explosifs, à gaz et des bombes d'avions.
Les faits glorieux à l'actif de nos sections montrent assez comment ces soldats éprouvés, revenus au feu dans la D. C. A. se comportèrent dans leur nouvelle arme. Leur grand mérite fut de se résigner à un rôle en apparence sans gloire. Ils avaient en arrière des lignes une mission obscure en elle-même, ingrate dans sa réalisation. Ils souffraient en silence, exécutant sans se lasser les tirs parfois stériles, supportant des fatigues si dures à des hommes affaiblis, accueillant les bombardements avec stoïcisme. Sans doute, par les nuits où ce rôle leur devenait trop pesant, leur suffisait-il dans leur veille de voir monter au loin les fusées lancées de nos premières lignes - étoiles éclairantes pour le guetteur au petit-poste, ou fusées-signaux pour nos 75 - et ceux qui avaient vécu la guerre du fantassin ou de l'artilleur de campagne se rappelant ce que souffraient là-bas leurs camarades, s'inclinaient devant leur destin tandis qu'un peu plus de persévérante résolution et de stoïque volonté mon-

taient en eux.
Puisse le souvenir de tant de dévouements rendre fiers de leur arme les futurs jeunes soldats de la D. C. A. Et au service de leurs batteries, appelées à jouer un rôle de plus en plus important dans l'armée moderne, puissent-ils apporter en dignes successeurs de leurs aînés le même profond esprit de discipline, la même haute conception du devoir, le même fervent amour de la Patrie, inspirateurs de tous les sacrifices, créateurs de tous les succès !